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Le cinéma est affaire de regard[s]

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    Salut les p’tits clous… Pour les plus de vingt-cinq ans, écouter de vieux tubes musicaux des années 1980 permet généralement de se replonger avec délice dans ses souvenirs de jeunesse. Avec une petite pointe de nostalgie, on se remémore ainsi ses premières boums, ses premiers baisers, ses premiers chagrins d’amour, ses vacances en famille ou entre amis, et plein d’autres évènements rythmés par la musique pop qui avait le vent en poupe. On se rappelle aussi des copains de classe, de leurs looks et du nôtre – il faut assumer – copiés sur les cadors du Top 50. A vrai dire, c’est plutôt agréable… Mais est-ce que cela suffit à faire un film? Oui, Stars 80, de Frédéric Forestier et Thomas Langmann, qui empile les hits français des années 1980 pendant près de deux heures. Euh… D’accord. Reformulons la question. Est-ce que cela suffit à faire un bon film ? Non, hein… Pour faire un bon film, il faut quand même un semblant de scénario, ou une sacrée dose de génie, de bons acteurs, une mise en scène avec un tant soit peu d’allure. Autant de qualités qui font cruellement défaut à Stars 80… Le scénario? Il s’inspire vaguement de la success-story de Hugues Gentelet et Olivier Kaefer et de leur RFM Party 80 : Vincent (Richard Anconina) et Antoine (Patrick Timsit), deux loosers qui gèrent tant bien que mal une société de spectacles employant des sosies de célébrités, sont sur le point de faire faillite quand ils ont l’idée un peu folle mais géniale de réunir sur scène d’anciennes gloires de la musique des années 1980 – les vraies, cette fois – et de montrer le spectacle dans tout l’hexagone, au cours d’une longue tournée. Le premier tiers du film les envoie à la recherche de leurs vedettes, dont la plupart ont complètement abandonné la chanson, et les montre en train d’essayer de les convaincre de reprendre du service, au moins le temps de quelques concerts, juste pour voir si la mayonnaise prend. On les voit ainsi essayer de sympathiser avec Jean-Luc Lahaye dans sa boîte de nuit – la vraie, hop, petit coup de pub au passage… – et être obligés de lire à haute voix son bouquin – hop, second coup de pub… – , aller repêcher les Début de Soirée dans les cuisines d’un vendeur de kebabs, réconcilier Peter et Sloane ou rouler à tombeau ouvert avec François Feldman. Tout ceci se veut drôle, mais ne débouche que sur des gags anémiques (la voiture qui fait des tonneaux sur “Valses de Vienne”, arf, trop bidonnant…) ou débiles. Le second tiers relate la tournée et, entre deux sketchs affligeants (Gilbert Montagné, reconverti en prêcheur afro-américain qui fait un salto arrière, Cookie Dingler qui utilise une plante verte comme cache-sexe…), donne à chaque chanteur la possibilité de faire son numéro et rappeler au spectateur quel était son plus grand tube. Comme ils sont une bonne quinzaine à avoir accepté de jouer le jeu, les séquences musicales s’enchaînent presque non-stop, comme dans une anthologie de clips. Ca fait passer le temps, mais au bout d’un moment, on ressent le vide scénaristique d’un script laissé à l’abandon. A quoi bon amorcer des pistes de situations comiques – fussent-elles dépourvues d’originalité – si c’est pour les bazarder en cours de route? Les auteurs n’exploitent pas – ou très mal – les apparitions du patron de la maison de disques qui a snobé les deux associés et leur lucrative idée de tournée, la potentielle romance entre Vincent et Sabrina (la bombasse de “Boys boys boys”, toujours sexy…) ou entre Antoine et Lio (qui ne compte pas pour des prunes non plus) ou les problèmes bancaires du duo… Aucune péripétie digne de ce nom, aucune aspérité. Rien qui donne matière à rire ou à s’émouvoir. Et encore moins à s’émoustiller (quand Sabrina sort de la piscine, on ne voit plus sa poitrine sortir du soutien-gorge. Autre époque, autre moeurs…Ah, nostalgie quand tu nous tient…). Zéro inspiration. Aucun enjeu scénaristique… … à l’exception de la dispute peu crédible entre les deux amis, pour une histoire absurde de leadership et de notoriété, qui occupe le troisième tiers du film. Antoine et Vincent se reparleront-ils? Leur amitié sera-t-elle plus fort que le succès?  Ah, l’insoutenable suspense! On ne peut pas deviner que le duo finira par se réconcilier devant des milliers de spectateurs, au Stade de France, pas vrai? Surtout avec “On va s’aimer” en fond musical, hein? Si encore c’était correctement joué, on pourrait encore faire semblant d’y croire. Mais non, même pas… Anconina et Timsit passent 90% du film à se sourire bêtement et se toper dans la main, sans doute contents de la bonne blague qu’ils sont en train de jouer aux spectateurs. Bruno Lochet, qui joue le chauffeur (de bus/de salle) retombe dans du Deschiens de base, la poésie décalée en moins. Eric Naggar pète un câble en banquier fan de Johnny et de… Sabrina (on peut comprendre…). Venant de la part d’acteurs professionnels bien rôdés, c’est assez affligeant. On sera un peu plus indulgents avec les chanteurs, moins habitués à déclamer des répliques qu’à chanter, mais force est de constater qu’ils sont de bien piètres comédiens. Mention spéciale, dans la nullité, à Jean-Luc Lahaye, qui semble vraiment se croire irrésistible en parrain de boîte de nuit aimant les(très) jeunes femmes, dans un pathétique numéro d’autodérision. Et aussi à Gilbert Montagné, qui joue totalement faux et semble ânonner son texte. Bon OK, il est aveugle et n’a pas pu lire son texte, mais on aurait pu lui écrire ses répliques en braille, non? Cela dit, sa scène de gospel est la seule à venir mettre un peu de vie dans ce film plan-plan. Avec la scène où les artistes, dépités par leur premier concert devant une salle vide, reprennent confiance en transformant leur dîner d’après-spectacle en boeuf d’enfer, soulevant l’enthousiasme des clients du restaurant. Là, le charme opère un peu. Succinctement, hélas.        Deux ou trois scènes potables pour près de deux heures de film, le bilan est bien maigre, d’autant que la mise en scène du duo Forestier/Langmann ne relève en rien le niveau. En même temps, on n’attendait rien de bon du duo coupable de l’infâme Astérix aux jeux olympiques…  Certes, on ne s’ennuie pas vraiment, avouons-le. Et certains se laisseront emporter par la musique et les chansons, omniprésentes. Il paraît qu’il y a de l’ambiance à certaines séances, avec des spectateurs qui chantent en même temps que les artistes… Mais bon, si c’est juste pour ça, il y a les karaokés. Ou la possibilité d’aller voir les artistes jouer en live, au cours des tournées RFM Party 80. C’est quand même plus sympa… Enfin, pour ceux qui aiment, hein. Parce que, si “c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes”, il faut bien dire que la soupe reste toujours de la soupe…    _______________________________________________________________________________ Stars 80 Stars 80 Réalisateurs : Frédéric Forestier, Thomas Langmann  Avec : Richard Anconina, Patrick Timsit, Bruno Lochet, Sabrina, Lio, Jean-Luc Lahaye, Gilbert Montagné,… Origine :France Genre : karaoké pas OK  Durée : 1h50 Date de sortie France : 24/10/2012 Note pour ce film : ●●○○○○ Contrepoint critique : Ecran large ______________________________________________________________________________

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    Chalut les humains, Je le reconnais, c’est sans enthousiasme que je suis allé voir Les Misérables, le nouveau film de Tom Hooper. J’avoue que je ne suis pas fan des shows musicaux de Broadway – à part “Cats”, bien sûr, et les vieilles revues des Ziegfield folies – et ceux qui fréquentent assidument ces colonnes savent que les blockbusters américains sans âme sont loin d’être ce que nous préférons au cinéma. Or ce film-là cumule les deux “qualités”. Je n’étais pas non plus très chaud à l’idée de voir le chef-d’oeuvre de Victor Hugo triplement massacré. Une première fois par Alain Boublil et Jean-Marc Natel, dans la version originale française de la comédie musicale. Une seconde fois dans la version anglaise, avec les noms des personnages prononcés bizarrement – Jaunevaljane, Javeurte, Faune-tine, Queçette, les Tinardire… Et une troisième fois remixée à la sauce sirupeuse hollywoodienne. Enfin, j’avais lu et entendu tant d’horreurs sur le casting (foireux), le scénario (bidon), les décors (en carton), la mise en scène (en carton aussi) que la perspective de cette sortie cinéma était aussi engageante qu’une visite du Parc Saint-Paul sous la pluie. L’avantage, c’est qu’avec tout ça, je ne risquais pas d’être déçu. Au pire, c’était aussi nul que prévu, et je pouvais encore être agréablement surpris. Les premières minutes laissent pourtant à penser qu’on s’oriente vers la première option. On y voit des bagnards – plutôt en forme au vu de leurs conditions de vie – tirer un bateau tout en poussant la chansonnette. Curieux? Non, normal, car il convient ici de préciser que le film ne contient aucun dialogue parlé. Tout le film est “ en chanté”, comme chez Jacques Demy, la grâce en moins, l’emphase en plus. La caméra se fixe sur l’un d’entre eux. C’est le héros, Jean Valjean, ah pardon “Jaunevaljane”. Il est incarné par Hugh Jackman. Un peu frêle pour le rôle, comparé à un Jean Gabin, un Harry Baur ou un Lino Ventura, mais au moins le garçon a commencé par la comédie musicale et il est capable de chanter à peu près correctement. Ce qui n’est pas le cas de son partenaire, Russell Crowe – Javert ou plutôt “Javeurte” – qui, non content de chanter comme une casserole, est à peu près aussi expressif qu’une poêle à frire. Il est loin de faire ressortir la hargne et le côté obsessionnel du personnage créé par Hugo. Cela s’appelle une erreur de casting, et une belle!  Javert annonce à Valjean qu’il peut quitte le bagne. Il a purgé sa peine : 19 ans de travaux forcés pour avoir volé un quignon de pain. Ca fait cher la baguette… Mais pour le policier, qui vole un oeuf vole un boeuf, qui vole un pain vole un moulin et un criminel restera toujours un criminel. Aussi, Valjean restera en liberté conditionnelle, obligé d’aller chaque semaine se présenter aux autorités, dans un endroit de France différent. Et sur ses papiers d’identité, il a été notifié qu’il est un homme dangereux. Ce qui le prive de travail et l’oblige soit à mendier, soit à voler. Pire que le bagne. Première partie du film, premier look de la mort pour Hugh Jackman : vêtu d’un sac à patate, le crâne rasé par un coiffeur psychopathe, une barbe mal taillée façon Jésus. Ca tombe bien, c’est dans la Maison de Dieu qu’il va trouver sa nouvelle voie (mais pas sa nouvelle voix, ça pique encore un peu…). Un prêtre lui offre le gîte et le couvert pour la nuit. Valjean le remercie en piquant l’argenterie. Et quand les policiers le surprennent avec son butin, quelques mètres plus loin, il pense qu’il est bon pour retourner illico au bagne. Mais le bon curé dit aux gendarmes de le relâcher, qu’il lui a donné tous ces objets. Il lui rend la liberté tout en lui offrant de quoi démarrer une nouvelle vie. Valjean est touché par la grâce. Il jure à Dieu de prendre définitivement le droit chemin et de faire le bien. Il se déleste de son identité de forçat sans le sou et devient Monsieur Madeleine. Huit ans plus tard, on le retrouve à la tête d’une usine textile dans le Nord de la France et Maire de la localité…  A ce point du récit, j’avoue, j’étais prêt à déserter la salle, vaincu par les beuglements en continu, les costumes ringards, la mise en scène plate et le trip moralisateur religieux à l’américaine. Et puis là, miracle. Un mouvement de caméra aérien – ça tranche un peu avec les gros plans dont abuse Tom Hooper – une voix qui sonne juste – ça tranche avec celle de Russell Crowe – et un visage expressif – idem. Anne Hathaway apparaît, dans le rôle de Fantine, une ouvrière de l’usine de Valjean. qui ne ménage pas sa peine pour survivre et payer la pension où elle a laissé sa fille, Cosette. Sa beauté lui vaut de subir les avances du contremaître et la jalousie de ses collègues. Elle est jetée dehors sans ménagement et entame une vraie descente aux enfers. Enfin, pour elle, parce que pour nous, c’est plutôt le Paradis : ces scènes-là sont les plus belles, les plus intenses du film. Je pense surtout à la séquence où Anne Hathaway donne tout ce qu’elle a, cris et larmes compris, sur “I dreamed a dream”. Brrr… Rien que d’y repenser, j’en ai le poil tout hérissé. Non, franchement, s’il n’y a qu’une personne à ne pas être “misérable” dans ce film, c’est bien elle! Elle est magnifique et mériterait bien l’Oscar du meilleur second rôle féminin.  Toute cette partie, mieux jouée, mieux chantée, plus émouvante, redonne du peps au récit. Le drame peut cèder la place à un épisode plus comique avec la présentation de Cosette et des Thénardier (Helena Bonham Carter et Sacha Baron-Cohen). Ca ressemble à du sous-Burton (dans Sweeney Todd) mais cela fonctionne relativement bien et c’est instructif : on y apprend comment fabriquer un substitut de steak haché avec tout un tas de saloperies dérobées à droite à gauche (dont une jambe de bois), ou comment les misérables du XIXème siècle ont inventé la recette des lasagnes Findus façon Spanghero. Nouveau saut narratif. Valjean a fui avec Cosette et, comme promis à Fantine, s’est bien occupée d’elle pendant quelques années. Cela se voit : la petite blondinette joufflue et crasseuse s’est transformée en Amanda Seyfried, assez miaou-miaou, je dois dire, et dotée elle aussi d’une belle voix. Valjean, lui, a moins bien encaissé le choc. Look de la mort numéro 2 pour Hugh Jackman, qui ressemble ici au Charles Ingalls de “La petite maison dans la prairie”… Javert est toujours là, cherchant inlassablement son vieil ennemi, les Thénardier aussi. Et un nouveau personnage entre en scène, Marius (Eddie Redmayne) un gosse de riche rebelle qui fraye avec les révolutionnaires opposés au Roi Louis-Philippe… Le film prend alors un tour plus romantique, avec Cosette qui aime Marius, qui l’aime en retour, mais qui est aussi aimé d’Eponine (Samantha Barks, pas mal non plus). Et aussi un tour plus politique avec la description de la révolte de juin 1832, qui opposa, sur les barricades de la rue Saint-Denis, les révolutionnaires et les policiers. Oh, cela ne va pas bien loin tout de même, le public-cible (américain) se fichant bien des enjeux politiques franco-français dépeints dans le récit. Ce qui compte surtout, c’est la dimension tragique des évènements, qui permet à Tom Hooper de se lâcher au niveau du pathos et des effets mélodramatiques, pour le meilleur et surtout pour le pire. Pour quelques beaux moments, comme Eponine chantant sous la pluie “On my own”, d’autres séquences sont ratées, comme la sortie de Gavroche (mais c’est la faute à Voltaire…), l’ultime face-à-face entre Valjean et Javert (mais c’est la faute à Russell) ou la traversée des égouts de Paris (Look de la mort numéro 3 pour Hugh Jackman, couvert de merdasse). L’ensemble se termine par plusieurs épisodes successifs un brin longuets, où ressurgissent bons sentiments et bondieuseries, où Hugh Jackman ressemble à un raton-laveur malade (look de la mort numéro 4) et où tous les fantômes se mettent à chanter de concert. Rideau. Silence. Ouuuuuuffff! Ca fait du bien quand ça s’arrête! A l’arrivée, mes sentiments sur le film sont assez mitigés. Ne m’attendant à rien de bon, je suis plutôt agréablement surpris – mais c’est relatif, hein.   J’ai trouvé certaines séquences totalement insupportables, mais j’ai aussi reçu des petits moments de grâce pure (Merci Anne Hathaway). Le film est assez long, mais suffisamment riche en péripéties pour que l’intérêt du spectateur soit maintenu tout du long (Merci Victor Hugo). Bien sûr, on est loin de la densité et de la profondeur du texte original, mais il faut aussi reconnaître que, globalement, la narration est assez fidèle au roman. Et si le “tout chanté” m’a d’abord tapé sur le système (Merci Russell Crowe), j’ai fini par m’y faire et me laisser porter par l’histoire. Dans l’ensemble, c’est très regardable et les amateurs de (cette) comédie musicale devraient y trouver leur compte. Bon d’accord, il y a des erreurs de casting et quelques chants cacophoniques, surtout chez ces Messieurs (A la décharge des acteurs, tout a été enregistré en prise directe, ce qui n’est pas simple). Mais le vrai point noir se situe au niveau de la mise en scène de Tom Hooper, ou plutôt de l’absence de mise en scène. Le cinéaste accumule les plans fixes ou les petits mouvements de caméra, et abuse des gros plans. On peut comprendre son parti-pris. Il part d’une oeuvre théâtrale, donc circonscrite à l’espace restreint que constitue la scène. Aussi, pour rester fidèle à l’oeuvre originale, la caméra filme également dans un petit périmètre. Ca se défend sur le principe, mais dans les faits, cela plombe le film. Un tel sujet véhicule un souffle épique et romantique, qui, à l’écran, aurait pu être restitué par des mouvements de caméra amples, des plans-séquences, des panoramiques, des prises de vues aériennes. En s’en privant, Hooper perd en intensité dramatique et en beauté plastique. Quand on voit, par exemple, comment Joe Wright a contourné le cadre théâtral sur Anna Karenine, cette adaptation plan-plan paresseuse des Misérables ne peut que souffrir de la comparaison et nous laisser quelques regrets. Bon, faut que je vous laisse, j’ai des vocalises à faire. J’ai demandé à Anne Hathaway de remettre son costume de Catwoman pour qu’on puisse monter ensemble une version ciné de “Cats”. Mia-ah-ah-Ahahahahah… Plein de ronrons, Scaramouche _______________________________________________________________________________ Les Misérables  Les Misérables Réalisateur : Tom Hooper  Avec : Hugh Jackman, Russell Crowe, Anne Hathaway, Amanda Seyfried, Eddie Redmayne, Samantha Barks Origine : Etats-Unis Genre : Jaunevaljane vs Javerte, le musical Durée : 2h30 Date de sortie France : 13/02/2013 Note pour ce film : ●●●○○○ Contrepoint critique : Après la séance ______________________________________________________________________________

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    Chalut les humains, Inside Llewyn Davis, le nouveau film des frères Coen, suit les tribulations d’un musicien folk, sorte d’artiste incompris,dans le New York des années 1960 et… Quoi? Non, il n’y a pas d’erreur, c’est bien à moi qu’incombe la tâche d’écrire cette critique. Je comprends votre stupeur. D’habitude, c’est notre rédac-chef qui s’occupe de cette catégorie de cinéastes, alors qu’on me cantonne généralement aux films pour enfants et aux oeuvres mettant en scène mes congénères félins. Mais c’est justement cette deuxième expertise qui m’autorise à user de la plume sur ce nouveau long-métrage des deux frangins… Car c’est bien une histoire de chat qui sert de fil conducteur à ce récit. Le matou en question appartient aux Gorfein, un couple de bobos new-yorkais amateurs de musique folk. Souvent, en revenant de concerts donnés dans les bars de Greenwich Village, ils acceptent d’héberger Llewyn Davis (Oscar Isaac), un musicien sans le sou qui tente, en vain, de vivre de son art dans le New York des années 1960. Mais un matin, alors qu’il s’apprête à quitter le domicile de ses amis, le chat facétieux se fait la malle. Llewyn parvient à le rattraper, mais, n’ayant pas les clés de l’appartement des Gorfein, il ne peut pas y déposer le félin. Aussi, il l’emmène chez deux de ses copains de Greenwich Village, Jean (Carey Mulligan) et Jim (Justin Timberlake), musiciens eux aussi. Mais il tombe au mauvais moment. Jean est furieuse. Elle en a marre de le voir squatter leur canapé, à intervalles réguliers, marre de ses visites à l’improviste, marre de le voir s’empêtrer dans sa loose. Et puis, gros motif d’agacement pour Jean : elle est enceinte. Potentiellement de Llewyn, qui, un soir, a réussi à glaner un peu plus que de l’hospitalité de la part de la séduisante chanteuse… Hors de question de garder cet enfant non-désiré. LIewyn va devoir lui payer l’avortement.  Et pour cela, il va lui falloir trouver de l’argent. Mais comment faire quand vos disques ne se vendent pas, que votre agent est un escroc, et que votre musique est jugée trop simple pour plaire au public? Pas simple… Surtout quand il faut encore et toujours chercher ce chat, qui a pris la mauvaise habitude de se carapater à la première occasion. Ah ça, on aime notre indépendance, c’est connu! Et puis, c’est normal que ce chat ait envie de voyages avec le nom que lui ont donné ses maîtres : Ulysse, comme le héros de “L’Odyssée”. Et comme le héros de O’Brother, autre film des frères Coen… Inside Llewyn Davis et O’Brother se ressemblent à bien des égards. Ils sont tous deux articulés autour de l’idée d’un voyage, d’un cheminement initiatique permettant aux personnages de mûrir et de trouver leur place dans le monde. Et ils utilisent tous deux de la musique traditionnelle américaine comme bande-originale. La musique country entendue dans O’Brother a d’ailleurs beaucoup inspiré la folk des années 1950/1960. Il y a une filiation entre les deux films. Mais le style est radicalement différent. Le burlesque outrancier de O’Brother cède ici la place à une comédie plus intimiste, qui se teinte progressivement de nuances sombres et bascule quasiment dans la fable fantastique, un peu comme dans Barton Fink et A serious man. Llewyn s’engage sur une pente savonneuse. Il va de mauvaise surprise en désillusion, tant sur le plan sentimental que sur le plan professionnel. Et les choses ne semblent pas près de s’arranger, le musicien s’ingéniant à multiplier les squats foireux et mauvais choix. On le voit par exemple, refuser les droits d’auteur d’une chanson qui deviendra plus tard un tube, pour pouvoir payer l’avortement de Jean… Finalement, un voyage mouvementé en direction de Chicago, à la rencontre d’un grand ponte de l’édition musicale, achève ses dernières illusions et l’incite à tout plaquer, à ranger définitivement sa guitare pour reprendre sa vie de marin pas marrante. Fini de passer son temps à courir après le succès comme on court après un chat fugueur, place à l’amère réalité et “La Mer” réalité… Hop, larguez les amarres! Vraiment? Non, parce que Llewyn est semblable au chat des Gorfein. C’est un être insaisissable, un vagabond qui part sans cesse à l’aventure et qui finit toujours par revenir au bercail. Et ce bercail, pour Llewyn, c’est la musique folk. Il a ça dans le sang et dans l’âme. Pas la musique folk “commerciale”, non. La musique folk des écorchés vifs, des miséreux, des gens qui mènent une vie de bohème. Bien sûr, il mène une vie difficile, il se prend des coups, il frôle même la mort, parfois. Mais, comme ce chat, il retombe toujours sur ses pattes… Les Coen aussi retombent toujours sur leurs pattes. Ce nouveau long-métrage, inspiré librement de la vie du guitariste Dave Von Ronk, leur permet de signer une jolie comédie intimiste, tout en finesse, portée par une bande-son entêtante. Certains feront peut-être la fine bouche en regrettant que le film ne soit pas au même niveau que leurs chefs d’oeuvres, comme Barton Fink, A Serious man, Fargo ou The Big Lebowski. Mais avec ma mauvaise foi féline habituelle, je dis à ceux-là qu’un film guidé par un chat est forcément un grand film, et que ceux qui oseront prétendre le contraire s’exposent à un coup de patte griffu. Sinon, pour des arguments plus convaincants, on peut quand même dire que Inside Llewyn Davis bénéficie de la mise en scène élégante des deux cinéastes, d’un casting impeccable, Oscar Isaac et Carey Mulligan en tête, d’une image sublime et d’une ambiance musicale tout aussi réussie. Que demande le peuple? Bon, il faut que je vous laisse. Je me carapate à New York, histoire d’échapper à la fureur de mon maître quand il découvrira que j’ai fait mes griffes sur sa guitare… Plein de ronrons, Scaramouche _______________________________________________________________________________ Inside Llewyn Davis Inside Llewyn DavisRéalisateurs : Ethan Coen, Joel Coen Avec : Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake, John Goodman, F. Murray Abraham Origine : Etats-Unis Genre : chacun cherche son chat Durée : 1h45 Date de sortie France : 06/11/2013 Note pour ce film : :●●●●●○ Contrepoint critique : Libération ______________________________________________________________________________

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    Les princesses Disney ont changé. Elles n’attendent plus qu’un jour leur prince vienne. C’est le cas pour Elsa, future reine du royaume d’Arendelle, et de sa sœur Anna. Seulement Elsa est née avec un terrible pouvoir, celui de transformer en glace tout ce qui l’entoure dès qu’elle perd le contrôle de ses émotions. Un terrible pouvoir qu’il l’a contrainte à vivre cachée toute son enfance.Tout bascule le jour de son couronnement quand, dans un accès de colère, Elsa plonge le royaume dans un hiver éternel avant de s’enfuir. C’est alors sa sœur Anna qui se lance à sa poursuite, aidée de Kristoff, de son renne Sven et d’Olaf, un petit bonhomme de neige à l’humour rafraichissant. Jennifer Lee et Chris Buck, les deux réalisateurs, signent ici une belle fable enneigée, toute en légèreté, inspirée librement du très sombre conte d’Andersen. La firme de Mickey réussit à introduire un souffle de noirceur et une mélancolie féérique à son adaptation. Le tout crée un conte enchanteur, mélange de modernité et de tradition. Ainsi, le mal n’est plus incarné par une infâme belle-mère ou une sorcière maléfique, mais se trouve maintenant caché au plus profond des cœurs et surgit lorsque la peur ou la colère prennent le dessus. La véritable épreuve est alors d’apprendre à dépasser ses propres failles pour grandir. Mais La Reine des Neiges est avant tout un spectacle d’une beauté givrée, qui brise les stéréotypes amoureux et  détourne le cliché du prince charmant, qui n’est plus le sauveur attendu de princesses passives. Cette jolie histoire héroïque est un hymne à la liberté et à l’affirmation de soi. C’est le chemin d’une princesse bercée par de doux rêves qui se révèlent idéalisés et celui d’une autre,  prisonnière de sa solitude et de ses désillusions, qui apprend à être elle-même. La scène durant laquelle Elsa construit son palais de glace en dansant est ainsi d’une poésie folle. Disney retrouve, grâce aux princesses du royaume d’Arendelle, toute sa magie d’antan, éblouissante et enchanteresse. _______________________________________________________________________________ La Reine des neiges Frozen Réalisateurs :  Chris Buck, Jennifer Lee Avec les voix de: Kristen Bell, Idina Menzel, Jonathan Groff (VO) Emmylou Homs,Anaïs Delva, Dany Boon (VF) Origine : Etats-Unis Genre :  ice show  Durée : 1h42 Date de sortie France : 04/12/2013 Note pour ce film :●●●●●○ Contrepoint critique : ______________________________________________________________________________

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    Chalut les humains, Chattica! Chattica! Je lance un cri de révolte! Avant, sur ce site j’avais la lourde tâche de m’occuper des critiques de films pour enfants, notamment les films d’animation. Une mission dont je m’acquittais avec mon habituelle élégance de chat. Mais ça, c’était avant… Depuis que la petite nouvelle est arrivée à la rédaction, il n’y en a plus que pour elle. Laura par ci, Laura par là, Laura gni gniii, Laura gna gnaaa… Et hop, c’est comme ça que la critique de La Reine des neiges m’est passé sous la truffe. C’est ballot, car c’est juste le meilleur Disney depuis des lustres. Il aurait mérité d’être loué par le plus talentueux des chroniqueurs d’Angle[s] de vue : ma féline personne. Mais bon, je reconnais que la petite s’en est bien sorti. Elle a dit l’essentiel de ce qu’il fallait dire sur le film. Notamment que c’est un Disney à la fois classique – une histoire de princesse, adapté (très librement) d’un auteur de conte de fées à succès (ici, Hans-Christian Andersen), avec seconds rôles rigolos, numéros musicaux à gogo – et moderne – le mythe machiste du prince charmant en prend pour son grade et les sempiternelles opposition entre bons et méchants sont remplacées par les tourments intérieurs des personnages, moins infaillibles et donc plus humains. Cependant, elle n’a pas du tout parlé de la technique. Or c’est l’un des points forts du film. Depuis que John Lasseter a pris les commandes de Disney en 2006, il a su insuffler aux équipes d’animateurs et de designers l’envie de constamment dépasser leurs limites, d’atteindre des niveaux d’exigence toujours plus relevés, comme à la grande époque de Pixar. Il a su apporter son expertise dans le domaine de l’animation assistée par ordinateur (la série des aventures de la Fée Clochette, par exemple) sans délaisser pour autant l’animation 2D traditionnelle (La Princesse et la grenouille). Il a utilisé des effets de relief (Volt) et il a renoué avec la tradition des grands Disney de Noël, ceux que petits et grands enfants attendent avec impatience à la veille des fêtes (Raiponce) tout en essayant d’explorer d’autres voies, d’autres univers (Les Mondes de Ralph). La Reine des neiges profite de tout le travail technique effectué au cours des dernières années, tant chez Disney que chez Pixar. L’esthétique du film est à tomber : Les décors sont somptueux, notamment le palais de glace créé par la princesse Elsa qui en met plein la vue avec ses innombrable reflets. Les personnages sont adorables, dans la lignée de ceux de Raiponce mais en beaucoup plus expressifs encore. Le niveau de détails, la finesse des expressions, laisse pantois. Même Olaf, le bonhomme de neige bavard qui fait office d’acolyte de l’héroïne, réussit à nous faire fondre, si j’ose m’exprimer ainsi. Quant à l’animation, elle est évidemment impeccable et les cinéastes s’autorisent même des mouvements de caméra dignes des plus belles productions hollywoodienne, à l’image de ce plan-séquence aérien qui annonce le couronnement de la princesse Elsa. Outre cet aspect visuel époustouflant, le film se distingue aussi par sa partie musicale. Contrairement à certaines productions passées du studio, les chansons ne sont pas juste des intermèdes gnangnan dans le récit, destinés à rafler l’oscar technique de la meilleure chanson. Le film a été conçu comme une comédie musicale de Broadway moderne, avec des thèmes associés aux personnages, caractérisant leurs états d’âme, des performances vocales qui évoluent en parallèle pour se rejoindre harmonieusement, comme dans le magnifique morceau “For the first time in forever”, et une chanson qui devrait s’imposer comme un classique intemporel : “Let it go”. Bref, je plussoie l’avis de ma camarade : le Disney cru 2013 est un véritable enchantement, dont on sort avec de la magie plein les yeux et de douces harmonies plein les oreilles. Bon, il faut que je vous laisse, car avec cette vague de froid, je vais aller me décongeler auprès du radiateur bouillant. Oh! Je ne suis pas un tigre des neiges, moi. J’ai besoin de chaleur. LET IT GO, LET IT GOOOOOOO… Plein de ronrons, Scaramouche  

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    Les cinéphiles ayant grandi dans les années 1980/1990 ont forcément été marqués, d’une façon ou d’une autre, par les films de Tim Burton et des cinéastes partageant son univers si particulier, comme Henry Selick. Mais certains, comme Mathias Malzieu, ne s’en sont jamais remis… On avait pu s’en rendre compte en découvrant son roman, “La mécanique du coeur” (1), dont chaque page constituait un vibrant hommage au créateur d’Edward aux mains d’argent, puis dans l’album qu’il en avait tiré, avec son groupe, Dionysos (2). Et c’est donc tout à fait logiquement que ce récit fantastique se retrouve aujourd’hui sur grand écran, sous la forme d’un film d’animation “gothique”, dans l’esprit, graphiquement, des oeuvres de Burton (Les noces funèbres, Frankenweenie) et de Selick (Coraline, L’Etrange Noël de Monsieur Jack). Comme dans le roman, l’histoire commence à Edimbourg, à la fin du XIXème siècle. La nuit “la plus froide du monde”, une jeune femme enceinte brave la tempête de neige et escalade la colline pour rejoindre la demeure du Docteur Madeleine. A peine arrivée, elle accouche d’un petit garçon, Jack, mais le coeur de ce dernier reste malheureusement gelé. La sage-femme, qui s’avère être également une sorte de sorcière, parvient à sauver le nouveau-né en remplaçant son coeur par un mécanisme d’horlogerie. Jack pourra vivre tout à fait normalement à condition de remonter son coeur chaque jour, et d’éviter toute émotion forte, telles que la colère ou… l’amour.  Dix ans plus tard, le garçon est toujours en parfaite santé. Il vit entouré de l’affection de Madeleine, qui l’a adopté, et de son chat noir facétieux. Il est parfaitement heureux, mais, à son âge, on a envie de découvrir le monde, d’aller à l’école et se faire des amis. Madeleine est finalement obligée de céder et de l’emmener en ville.  Dès sa première sortie, le petit coeur mécanique de Jack s’emballe : il tombe sous le charme de Miss Accacia,  une petite chanteuse de rue, et rien ne sera plus jamais comme avant. Prêt à tout pour la retrouver, Jack va entamer une longue et périlleuse quête qui va le mener des brumes d’Edimbourg jusqu’au pied de l’Alhambra, en Espagne.  Difficile de ne pas faire le parallèle entre le destin de Jack et celui d’Edward aux mains d’argent. Les deux garçons sont nés grâce au talent d’inventeurs de génie, au sommet d’une colline, et voient leurs amours contrariés par leur différence physique. On pense aussi à l’univers de Beetlejuice, à travers la frénésie baroque de la fête foraine de l’Alhambra, mais aussi à Sweeney Todd, de par le romantisme gothique qui exhale des rues embrumées d’Edimbourg ou la présence d’un inquiétant tueur fou, lors du voyage en train où Jack traverse l’Europe à la recherche de Miss Accacia. Même le rival de Jack, le massif et ténébreux Joe, a des faux-airs de Johnny Depp, l’acteur-fétiche de Tim Burton… Le film est bel et bien un hommage appuyé aux oeuvres du cinéaste américain. Mais l’ombre de Tim Burton n’est pas la seule à planer sur cette jolie fable fantastique. On pense aussi à plusieurs écrivains britanniques, de Lewis Carroll à Mary Shelley, et à d’autres cinéastes à l’imagination aussi débordante, comme Hayao Miyazaki ou Terry Gilliam. Il y a d’ailleurs, dans le périple de Jack à travers l’Espagne, une référence évidente à “Don Quichotte de la Manche”, le roman de Cervantes  que Gilliam essaya d’adapter au cinéma, mais dont le tournage se transforma en cauchemar, au point que le cinéaste et ses producteurs arrêtent les frais à mi-parcours (3). Et ce n’est sans doute pas un hasard si Jean Rochefort, qui aurait dû incarner le chevalier espagnol chez Gilliam, prête sa voix à un des compagnons de route de Jack… Il y a, à l’intérieur de Jack et la Mécanique du coeur, le fantôme de ce film qui ne s’est jamais fait. Autre fantôme qui vient hanter le film de sa voix rocailleuse, celui d’Alain Bashung. Le rocker avait participé à l’album de Dionysos, pour la chanson “La panique mécanique”, qui a été conservée pour le film. On le retrouve donc à l’écran, indirectement. Magie du cinéma, qui permet de ressusciter les morts, temporairement, et de réaliser les rêves brisés. Car le film, avant d’être un hommage à Burton, Gilliam et autres, est avant tout une formidable déclaration d’amour au cinéma, trait d’union entre tous les arts, alliant la puissance de la littérature à la beauté picturale, le jeu d’acteurs à la musique et au chant. Et permettant, par le biais des effets spéciaux, de somptueuses illusions. Là encore, ce n’est pas un hasard si, durant son périple, Jack croise la route de Georges Méliès, le père des trucages cinématographiques… Plus d’un siècle a passé depuis que les premiers spectateurs des films de Méliès ont découvert, émerveillés, la puissance poétique des images animés. Et nous, spectateurs du XXIème siècle, arrivons encore à nous enthousiasmer pour les oeuvres que l’on nous propose aujourd’hui, et notamment pour celle de Mathias Malzieu et Stéphane Berla, qui accumule les moments de grâce. On pense à la scène de la rencontre entre Jack et Miss Accacia, où tout, des textes subtils de Malzieu à la musique de Dionysos, en passant par la beauté diaphane des personnages dessinés par Nicoletta Ceccoli et les décors, gothiques à souhait, viennent flatter l’oeil et l’oreille. Ou au dénouement, beau à pleurer, où Jack escalade des flocons de neige pour rejoindre les étoiles. Certains feront sans doute la fine bouche devant l’animation, moins fluide, il est vrai, que les productions Pixar ou Dreamworks. Mais il s’agit d’un parti-pris de mise en scène assumé, pour rendre hommage à l’animation en “stop-motion” chère à Burton et Selick. Et cette technique participe à la poésie qui se dégage du film. D’autres auront peut-être du mal avec les chansons, dont le style est radicalement différent des bluettes musicales qui accompagnent habituellement ce genre de film. Ici, les titres, alternant des textes en français, en anglais et en espagnol, portent la patte singulière de Dionysos et de leurs “invités” – Grand Corps Malade, Olivia Ruiz, Emily Loizeau ou Arthur H, entre autres. Des morceaux inégaux, c’est vrai, mais parmi lesquels on trouve quelques pépites particulièrement entêtantes. Mais ce qui risque le plus de rebuter les spectateurs, c’est l’ambiance générale du film, teintée d’amertume et de mélancolie. Comme chez Burton… Sauf que là encore, Mathias Malzieu a pris le risque de refuser les conventions. Il aborde frontalement des sujets graves – l’abandon maternel, la cruauté des enfants entre eux, dans les cours de récréation, la maladie, la mort – qui pourraient rebuter une partie du grand public. Mais c’est justement là sa grande force. Car il le fait avec beaucoup de délicatesse, cultivant l’art de la métaphore poétique et offrant au spectateur différents niveaux de lecture possibles. Ainsi, chacun sera libre d’interpréter à sa façon la fin du film, en fonction de sa sensibilité… Pour nous, Jack et la mécanique du coeur constitue une divine surprise. Nous nous sommes laissé happer par l’histoire d’amour tragique de Jack et Miss Accacia, par le destin du Docteur Madeleine et son chat à lunettes, par tous ces personnages secondaires atypiques. La beauté des images et la poésie des ritournelles de Dionysos & co ont fait le reste.  Peut-être que, comme Mathias Malzieu, nous sommes particulièrement sensibles à ce type d’univers gothique et enchanteur… En tout cas, nous avons eu le coup de coeur organique pour ce petit coeur mécanique, et nous vous recommandons donc de découvrir au plus vite ce joli conte au cinéma.   (1) : “La Mécanique du coeur” de Mathias Malzieu – éd. Flammarion (2) : “La Mécanique du coeur” de Dionysos – ed. Barclay Records/Universal Music France    (3) : Les mésaventures de Terry Gilliam sur son Homme qui a tué Don Quichotte ont été relatées dans Lost in la Mancha. Il se murmure que le cinéaste est actuellement en train d’essayer de relancer le projet.  _______________________________________________________________________________ Jack et la mécanique du coeur Jack et la mécanique du coeur  Réalisateurs :  Mathias Malzieu, Stéphane Berla Avec les voix de : Mathias Malzieu, Olivia Ruiz, Grand Corps Malade, Jean Rochefort, Emily Loizeau Origine : France Genre : hommage à Burton, Gilliam et Méliès  Durée : 1h34 Date de sortie France : 05/02/2014 Note pour ce film :●●●●●● Contrepoint critique : Studio Ciné Live ______________________________________________________________________________

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    Stockholm, au début des années 1980… Tout commence quand Bobo (Mira Barkhammar) et Klara (Mira Grosin), deux collégiennes au look de garçon manqué, rejetées par les autres élèves, décident de crier leur colère – et accessoirement, leur dégoût du disco, alors en plein essor –  par le biais du rock punk. Elles réussissent à négocier la mise à disposition du local de la MJC et écrivent un texte rebelle contre les professeurs de sport de leur collège “Hate sport”. Le groupe est né, mais ne compte alors que deux membres. Conscientes de leurs lacunes musicales, elles se décident de recruter des membres qui maîtrisent les instruments de musique. Mais leur impopularité n’aide pas. Elles réussissent néanmoins à convaincre Hedvig (Liv LeMoyne) de les rejoindre. La jeune fille a leur âge, maîtrise la guitare sèche et est également sujette aux moqueries des autres ados à cause de son caractère sage et son attachement à la foi chrétienne. Elle est ravie de pouvoir se dévergonder un peu au contact de ses nouvelles amies et expérimenter les sonorités de la guitare électrique. Evidemment, tout cela n’est pas vraiment du goût de leurs parents, ni des habituels pensionnaires du local, un groupe de rock de garçons baptisé “Iron Fist”. Mais les gamines s’accrochent pour être au point lors du concert de fin d’année, dans une salle de banlieue près de Stockholm. Les chosent dérapent pourtant avec les premiers émois amoureux des trois adolescentes, qui génèrent jalousie et rivalité… L’amitié et la punk-attitude triompheront-elles? Réponse au terme de ce petit film plein d’énergie, de bruit et de fureur, qui exhale un parfum doucement nostalgique et dans lequel on retrouve toutes les conventions du genre, éprouvées par des films comme The Commitments, Spinal Tap ou Still crazy : L’idée de la création du groupe, le recrutement de ses membres, les répétitions, cacophoniques puis nettement plus convaincantes à mesure que le récit avance, le premier concert qui tourne à l’émeute, le premier clash… L’originalité, ici, est que tout est vu à travers le regard des trois adolescentes “rebelles”, en guerre contre un pays réputé pour ses idées progressistes, mais qui, à y regarder de plus près, n’est pas si tolérant que cela. Les cinéphiles qui ont découvert Lukas Moodysson par le biais de Fucking Amal et Together, satires sociales impertinentes sur le modèle libertaire suédois, ne seront pas dépaysés. We are the best! s’attache au même genre de personnages et de problématiques. Evidemment, l’effet de surprise ne joue plus, d’autant que le scénario épouse un cheminement assez linéaire et cède à certaines facilités stylistiques. Et il faut bien avouer que ce n’est pas le meilleur film de son auteur, capable de films autrement plus consistants, comme le glaçant Lilya 4 ever . Mais We are the best! n’en demeure pas moins un très agréable “feel good movie”, souvent drôle, parfois tendre, et joué avec conviction par ces jeunes actrices épatantes. On est également très heureux de voir le cinéaste suédois se refaire une santé après l’accueil mitigé de son précédent long-métrage, Mammoth. Enfin, l’énergie que ces trois gamines mettent à bousculer l’ordre établi est extrêmement communicative, tout comme leur bonne humeur et leur soif de vie. Non, on peut le dire : Punk is not dead! _______________________________________________________________________________ We are the best! Vi är bäst! Réalisateur : Lukas Moodysson Avec : Mira Grosin, Mira Barkhammar, Liv LeMoyne, David Dencik, Lena Carlsson, Anna Rydgren Origine : Suède Genre : comédie punk et nostalgique Durée : 1h42 Date de sortie France : 04/06/2014 Note pour ce film :●●●●○○ Contrepoint critique : Studio Ciné Live ______________________________________________________________________________

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    En 2007, Once, un petit film indépendant irlandais, avait fait entendre sa jolie musique dans les salles obscures, et révélé le talent de John Carney. Depuis, on avait un peu perdu de vue ce cinéaste, son film suivant, Zonad, étant resté inédit en France. Mais il prouve avec New York Melody, son nouveau long-métrage,qu’il est encore là et bien là, puisqu’il nous offre l’un des petits bijoux de l’été. Une comédie romantique et musicale, pleine de charme et de tendresse. L’intrigue tourne autour de la rencontre entre deux êtres un peu paumés, autant largués professionnellement que sentimentalement, dans un bar de nuit newyorkais. Lui, Dan (Mark Ruffalo), vient de se faire virer par son associé du label musical indépendant qu’ils avaient cofondé ensemble. Il faut dire qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même depuis quelques années. Il n’a pas signé de nouveau talent depuis des lustres, fait des passages-éclair au bureau, et encore, pour s’opposer systématiquement aux idées de son partenaire et de ses employés. Et pour couronner le tout, il a un penchant un peu trop prononcé pour l’alcool, cause ou conséquence de sa rupture avec son épouse, Miriam (Catherine Keener). Tout ce qu’il a patiemment bâti au cours du temps est en train de voler en éclats. Ses moments de gloire sont derrière lui, ses grammy awards ont été mis au clou, sa carrière est au point mort. Il a perdu sa maison, sa femme et même sa fille, Violet (Hailee Steinfeld), qui a honte de lui. Il ne lui reste plus qu’un studio minuscule et une vieille Jaguar aussi fatiguée que lui… Elle, Gretta (Keira Knightley), a quitté son Angleterre natale pour suivre son conjoint, Dave (Adam Levine) au Etats-Unis. Après le succès d’une bande-originale de film qu’ils ont composée ensemble, le jeune homme s’est en effet vu proposer un important contrat avec un label new yorkais. Au début, tout est parfaitement idyllique. Gretta accepte de rester dans l’ombre de son compagnon pour l’aider à lancer sa carrière solo. Mais très vite, Dave se laisse griser par sa nouvelle notoriété et profite d’une tournée pour céder aux avances d’une attachée de presse. Furieuse, Gretta part se réfugier chez un vieil ami, Steve (James Corden), musicien fauché qui joue sur les trottoirs et dans les bars de nuit. C’est grâce à lui que va avoir lieu la rencontre avec Dan. Alors qu’il se produit sur scène, Steve insiste pour que Gretta chante une de ses chansons. Bien que réticente, elle s’exécute devant un public amorphe, à l’exception de Dan, complètement conquis par la composition et la voix de son interprète. Il lui propose alors de produire son album et de l’emmener vers les sommets des charts US. Seul problème, produire un album coûte cher. Il faut payer le studio d’enregistrement, les musiciens,… Or ni Dan ni Gretta n’ont les fonds pour financer tout cela… Mais qu’à cela ne tienne, il suffit d’un peu de bonne volonté et de force de conviction. L’album sera enregistré en plein air, dans différents quartiers de New York, dans le métro, sur le toit d’un gratte-ciel, sur le macadam…, avec du matériel branché sur la batterie de la vieille Jaguar. Les musiciens seront des petits jeunes qui s’ennuient au conservatoire ou des musiciens fauchés qui n’ont rien à perdre. Et advienne que pourra… Disons le tout de go, le scénario de New York Melody ne déborde pas d’originalité. On devine dès le départ que ce projet musical va aboutir, permettant à  ces perdants magnifiques de prendre leur revanche sur ceux qui les ont mis à terre. Mais on s’en moque un peu… Déjà parce que si John Carney joue avec certains stéréotypes (la relation entre le père divorcé et sa fille, la rock-star volage et sa compagne…), il évite soigneusement les écueils de la rom-com hollywoodienne, en prenant garde à ne jamais sombrer dans la mièvrerie. Ensuite parce que le film bénéficie d’une mise en scène tout à fait honorable, ce qui n’est pas toujours le cas, hélas, pour ce genre de film. Oh, ce n’est pas du grand cinéma d’auteur, mais le réalisateur assure le métier et s’autorise même de belles trouvailles, comme cette scène où Dan imagine l’orchestration du morceau joué par Gretta à la guitare sèche, avec les instruments qui se mettent à jouer tout seuls, où toutes les captations des enregistrements sauvages de la jeune chanteuse et ses musiciens, qui entremêlent les morceaux de musiques et les rumeurs de la vie newyorkaise… A coté des deux personnages principaux, pétillants de charme, la “Grande Pomme” est d’ailleurs un protagoniste à part entière du film. La hauteur des buildings de Manhattan tranche avec le côté intimiste et chaleureux de certains quartiers, où cohabitent des centaines d’artistes bien décidés à réaliser leurs rêves. La ville est irriguée par une force vitale indescriptible, dont se nourrissent Dan et Gretta. Et enfin parce que cette énergie se transmet également au spectateur, via le son des belles mélodies composées par Gregg Alexander et Danielle Brisebois et chantées par Keira Knightley (qui a un beau brin de voix, au passage) ou Adam Levine, via aussi la détermination des personnages principaux à aller au bout de leur projet insensé. Difficile de ne pas éprouver de la sympathie pour Gretta et Dan. Et difficile de rester insensible à cette belle aventure musicale, ou de ne pas envie de battre la musique sur les morceaux les plus rythmés joués par le groupe… New York Melody appartient sans nul doute à  cette catégorie de films que l’on appelle “feel-good movies”. Des films qui font du bien. Le terme n’est pas galvaudé : on sort de la salle avec de la musique plein la tête et le moral gonflé à bloc, prêt à croquer la vie. Si vous êtes en pleine dépression, si vous avez du mal à vous remettre d’une rupture difficile ou si votre situation professionnelle vous angoisse, n’hésitez pas et courrez voir ce film, qui vous remettra sans doute un peu de baume au coeur. Et si vous êtes parfaitement heureux et bien dans votre peau, allez-y quand même! Vous passerez un très agréable moment en compagnie de cette joyeuse troupe de comédiens/musiciens. _______________________________________________________________________________ New York Melody Begin again Réalisateur : John Carney Avec : Keira Knightley, Mark Ruffalo, Hailee Steinfeld, Catherine Keener, James Corden, Adam Levine Genre : feel good movie par excellence Origine : Etats-Unis, Royaume-Uni Durée : 1h44 Date de sortie France : 30/07/2014 Note : ●●●●●○ Contrepoint critique : Libération   _______________________________________________________________________________  

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    Pour commencer, un coup de gueule : Comment le lauréat du Grand Prix du Festival du Film d’Animation d’Annecy (1), qui fait office de référence en la matière, a-t-il pu sortir de manière aussi confidentielle, dans un circuit de salles aussi restreint? Certes, il y a des films plus mal lotis, mais seulement huit salles à Paris, à peine plus en banlieue et quelques salles réparties sur l’ensemble de l’hexagone, c’est bien peu pour une oeuvre de ce calibre. Sans compter que, quand des cinémas le diffusent, ils cantonnent Le Garçon et le Monde à seulement quelques jours précis, et des séances en journée, comme pour les films destinés aux tout-petits. Ce qui nous pousse à nous demander si les exploitants ont vraiment vu le film. Effectivement, à première vue, le film semble destiné aux plus jeunes des spectateurs. Le graphisme des personnages et des décors évoque un dessin d’enfant. Mais très vite, le film prend une tout autre tournure, plus mélancolique, plus amère. Il peut effectivement être vu par des enfants, qui seront sans doute séduits par sa poésie et la beauté de ses images, mais il y a plus de chance pour qu’il bouleverse leurs parents, plus à même de saisir la portée de ce récit. En optant pour ce créneau horaire pour les séances, les exploitants laissent clairement à penser que le film est  exclusivement réservé aux enfants et se coupent donc de tout un public potentiel. Dommage… Et maintenant, un coup de coeur. Un vrai. Le Garçon et le Monde nous a enchantés, enthousiasmés, bouleversés au-delà des mots. C’est une merveille de narration, un éblouissement visuel et sonore, un maelström d’émotions. Tout cela au coeur d’un seul et même film. Cela commence, donc, de façon plutôt simple. Sur fond blanc, on voit arriver le héros, un petit garçon en short et marinière rouge et blanche. Bras et jambes filiformes, tête ronde comme un ballon, quatre cheveux sur le crâne, deux joues roses et deux grands yeux ouverts sur le monde. Il regarde, au sol, un caillou coloré. En s’approchant, il entend une mélodie entêtante, jouée à la flûte, qui va nous hanter pendant toute la durée du film. Puis il part à la découverte de la nature environnante, joue avec les papillons, les oiseaux, grimpe aux arbres, court partout et arrive finalement sur le “quai” d’une gare de campagne – en fait, une simple plateforme. Son père est sur le point de partir. Il échange quelques mots avec son épouse, dans une langue incompréhensible (1), embrasse son fils et part à bord du train, grand serpent métallique fonçant vers la ville. L’enfant reste un peu désemparé. L’absence de son père lui pèse. Alors il se souvient de moments de complicité, quand le soir, en observant la nuit tomber, le père jouait à la flûte l’air entendu précédemment. Le gamin a attrapé les notes de musique et les a enfermées dans une boîte, qu’il a enterrée sous le caillou coloré. D’où cette mélodie qui monte du plus profond de la terre, comme un souvenir qui tente d’affleurer à la surface. Un soir, le garçon décide de partir à la rencontre de son père. Il fait sa valise et part attendre le train sur la petite plateforme. Mais un orage éclate. Une fois que la pluie a cessé, le garçon se réveille dans un nouvel environnement, chez un homme qui lui ressemble un peu et qui représente très certainement ce qu’il deviendra plus tard. Il décide de suivre cet adulte jusqu’à son lieu de travail, dans les champs de coton. C’est le début d’un périple initiatique qui va les emmener de la campagne à la ville et va leur faire découvrir tous les aspects de la condition humaine, heureux ou moins heureux. Pour le petit garçon, le monde est un vaste terrain de jeu et de découvertes. Courir dans les champs de coton, c’est comme attraper des nuages. Comme le Chaplin des Temps Modernes, il se laisse embarquer par les rouages d’une gigantesque chaîne automatique. Il traverse un dangereux chantier sans prendre conscience du danger, trop absorbé à regarder dans son kaléidoscope. Même les chars de la dictature militaire au pouvoir ne l’effraient pas plus que cela. Il les voit comme des animaux exotiques fascinants. Pour l’adulte, le constat est évidemment très différent. Le monde n’est pas source d’émerveillement mais de souffrances. Pour survivre, il faut travailler. Mais les emplois sont rares, mal payés et les conditions de travail sont très rudes. Le labeur dans les champs de coton est épuisant. Il ne ménage pas ses efforts, mais il sait que sa silhouette frêle et sa santé fragile ne plaident pas en sa faveur. La solution pourrait se trouver en ville, mais le travail à la chaîne est tout aussi épuisant et tend de toute façon à être remplacé par des machines. L’adulte observe, impuissant, la mutation de son pays. Il voit les villes grandir pendant que les forêts sont dévastées. Il voit des population subir la dictature militaire et celle, plus insidieuse, de l’économie libérale. Il voit le monde idéalisé de son enfance, chaleureux et coloré, céder à un nouveau monde gris et noir, déprimant, où tout espoir est vain. Le film fonctionne sur ces deux niveaux superposés, la vision optimiste de l’enfance et celle, pessimiste et amère, de l’adulte. La seule chose qui les place sur le même plan, c’est la musique. Les moments de fête, de carnaval, sont des instants précieux qui les poussent à avancer encore et toujours. Pour le gamin, c’est un moteur pour continuer son exploration et sa quête – retrouver la trace de son père. Pour l’adulte, c’est une pause salutaire dans une vie morne et grise – et l’occasion de retrouver un peu du rêve et de la fantaisie de l’enfance. Cela résume bien la démarche d’Alê Abreu. Le Garçon et le Monde veut inviter les jeunes spectateurs à découvrir le Monde avec envie et curiosité, apportant leur candeur, leur fraîcheur, leur innocence, leurs rêves, et, dans le même temps, forcer les adultes à retrouver un peu de leur propre enfance, et ranimer ainsi l’espoir d’un Monde nouveau, plus beau et plus juste. Oui, l’espoir est là, malgré le côté très sombre du film (versant adulte). Le dénouement, qui voit le garçon revenir dans la maison familiale, où tout a profondément changé, laisse d’abord un goût de cendre et de poussière, avant de laisser place, à nouveau, à des rires d’enfants et des notes de musique. La vie est faite de cycles. On naît, on vit, on meurt. Des enfants prennent notre place, prêts à découvrir le Monde qui, lui, continue à tourner. Sans doute leurs rêves se briseront-ils contre la dure réalité, mais peut-être arriveront-ils à faire bouger les choses, à bousculer l’ordre établi. Et s’ils n’y parviennent pas, ils transmettront à leurs propres enfants le goût des belles choses, de la musique et de la fête pour qu’ils puissent à leur tour affronter le Monde. Pour traduire le côté cyclique des choses, le réalisateur s’amuse d’ailleurs avec le motif du cercle, omniprésent dans le film : la tête du petit garçon, la roue d’une bicyclette, les contours du feuillage d’un arbre majestueux, les rouleaux de coton… Mais Alê Abreu s’amuse aussi avec les couleurs, les textures. il mélange différentes techniques de dessin : crayon, feutre, pastel gras, papier à gratter, collages, explore les univers graphiques de différents peintres pour composer des plans plus somptueux les uns que les autres, distillant une poésie rare. On se laisse emporter par la fluidité de l’animation, la beauté des couleurs, la finesse des traits des personnages, des décors, et par le flux musical constant, utilisant les talents de plusieurs jeunes musiciens brésiliens. Le résultat est d’autant plus enthousiasmant que le cinéaste ne bénéficie pas des mêmes moyens que les gros studios d’animation hollywoodiens. Mais arrêtons-là les longs discours. On pourrait essayer de trouver mille mots pour décrire cet admirable objet cinématographique que l’on serait encore bien loin du compte. D’autant qu’Alê Abreu, lui, n’a pas besoin de sa pour faire passer son message humaniste et écologiste. Sa poésie lui suffit. Alors, courez vite découvrir Le Garçon et le Monde au cinéma. Pensez quand même à prendre un paquet de mouchoirs, car vous risquez de pleurer au moins deux fois : la première à cause de la beauté des images, la seconde à cause de l’émotion qui ne manquera pas de vous submerger.Vivez l’expérience, laissez-vous porter par ce flux harmonieux d’images, de sons et de sentiments. C’est peut-être le meilleur film de l’année 2014. Rien que ça. (1) : Il a aussi remporté le Prix du Public, ce qui en dit long sur l’accueil du film à Annecy. (2) : En fait, du portugais lu à l’envers. Une façon de montrer que le contexte du film peut s’appliquer à n’importe quel pays d’Amérique Latine, mais reste fortement inspiré de l’histoire du Brésil, pays dont est originaire le cinéaste. _______________________________________________________________________________ Le Garçon et le Monde O Menino e o Mundo Réalisateur : Alê Abreu Avec : – Origine : Brésil Genre : chef d’oeuvre Durée : 1h19 date de sortie France : 08/10/2014 Note : ●●●●●● Contrepoint critique : pas trouvé _______________________________________________________________________________

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    Les dirigeants de Walt Disney Pictures ont de la suite dans les idées… Avec Into the woods, ils continuent d’exploiter le filon des contes de fées, qui leur a plutôt bien réussi par le passé, et notamment ces dernières années, avec le triomphe de dessins animés comme Raiponce et La Reine des Neiges. Mais cette fois, il s’agit d’un film en prises de vues réelles, l’adaptation d’une comédie musicale de Stephen Sondheim et James Lapine qui a eu un certain succès à Broadway à la fin des années 1980 et fait se croiser plusieurs personnages de l’univers des frères Grimm : Le petit Chaperon Rouge, Cendrillon, Raiponce et Jack le tueur de géants. Le prétexte qui les réunit tous est l’histoire d’un boulanger (James Corden) et de son épouse(Emily Blunt) qui se lamentent de ne pas avoir d’enfant. Une affreuse sorcière (Meryl Streep), vient leur annoncer que leur stérilité est la conséquence d’une malédiction qu’elle a lancée jadis sur leur famille, suite à un conflit avec le père du boulanger. Pour conjurer le sort, le couple doit réunir quatre objets : un chaperon rouge, comme celui de cette petite-fille (Lilla Crawford) qui s’en va rendre visite chez sa mère-grand, sous le regard intéressé du Grand Méchant Loup (Johnny Depp), une pantoufle de vair, comme celle que Cendrillon (Anna Kendrick) rêve de porter au bal du Prince (Chris Pine), une vache blanche comme du lait, tel le bovidé que le jeune Jack (Daniel Huttleford) doit à contrecoeur vendre au marché, et une mèche de cheveux blonds comme les blés, et comme ceux de Raiponce. Cette quête ne sera pas sans conséquences sur la tranquillité du royaume… La première moitié du film montre des personnages qui sont tous en quête de quelque chose. Dès la première scène, ils implorent le Ciel d’exaucer leurs souhaits. Le boulanger et sa femme veulent un enfant. La sorcière veut retrouver sa beauté. Cendrillon veut absolument aller au bal pour rencontrer le Prince Charmant. Jack veut que sa vache soit encore suffisamment vaillante pour donner du lait et que sa mère renonce à la vendre. La mère de Jack rêve de beaux habits et d’un cadre de vie meilleur. Raiponce souhaite sortir de la tour où elle est retenue captive. On est dans une narration typique de contes de fées, où un chemin semé d’embûches se dresse entre les personnages et leur objectif, mais où tout est bien qui finit bien. Puis, sans prévenir, le ton change. Dès que les personnages ont obtenu ce qu’ils souhaitaient, on bascule dans une toute autre histoire, plus amère et plus mélancolique. D’habitude, les contes se terminent sur la traditionnelle mention “Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”, sans plus de détails. Ici, la deuxième moitié du film nous montre ce qu’il se passe après que le Prince épouse la Princesse, après que que les personnages aient obtenu ce qu’ils voulaient. Et c’est nettement moins reluisant. Le Royaume est en péril, au bord de la destruction. Les comportements individualistes prennent le pas sur le sens du collectif. Les bonheurs conjugaux idylliques se fissurent au contact de la réalité. C’est là que le film de Rob Marshall devient intéressant, quand il sort des sentiers battus des traditionnelles productions Disney et que le conte de fées retrouve sa fonction essentielle : Permettre aux enfants, par le biais d’une histoire fantastique divertissante, d’affronter leurs peurs primales, de recevoir une morale et de s’initier en douceur à des sujets plus graves, plus douloureux, de façon à favoriser le passage à l’âge adulte. Il y a déjà cette idée dans la première partie, notamment à travers l’histoire du Chaperon Rouge, qui présente, comme le conte original, différents niveaux de lecture. Le premier est une banale leçon de morale : il faut obéir à ses parents et rester sagement sur la bonne voie. Le second est une leçon de morale à connotation sexuelle : avec le passage à l’adolescence, la fillette devient objet de désir et peut devenir une proie pour des prédateurs sexuels, comme ce loup au regard lubrique. Le troisième est une allégorie du passage à l’âge adulte et de la perte de la virginité : en cédant à la tentation de prendre des sentiers de traverse, la jeune fille finit par voir le loup – une rencontre plutôt brutale…- et elle est finalement libérée du ventre de l’animal par un chasseur (ici, le boulanger), ce qui correspond à une renaissance, au passage à l’âge adulte, à la perte de l’innocence enfantine. Mais ici, la perte de l’innocence se fait surtout par le biais de la seconde partie du film, qui s’ingénie à déboulonner certains mythes de contes de fées. Par exemple, le Prince Charmant dont rêvent les filles s’avère être un homme finalement peu intéressant, incapable de d’endosser le rôle de chef de famille car trop occupé à jouer au Prince Charmeur, volage et indélicat. Mais même les couples apparemment heureux ne sont pas à l’abri de quelques nuages, comme vont le découvrir le boulanger et sa femme. Non, l’Amour n’est pas éternel. Pas plus que les êtres humains. Into the woods est une histoire de désirs et de dangers, de responsabilité, d’émancipation, de naissance, de renaissance et de deuil, qui traduit bien le franchissement du fossé entre le monde de l’enfance, fantaisiste, coloré et joyeux, et l’âge adulte, plus réaliste, plus sombre, plus amer, plus décevant. Sur le fond, c’est très réussi. C’est sur la forme que ça coince. Le film est presque entièrement chanté et cela s’avère vite assez insupportable. Déjà parce que les chansons ne sont pas très bien écrites, entre musique saoulante et paroles insipides. Et ensuite parce qu’elles sont ânonnées péniblement par les acteurs. Rares sont ceux qui sortent leur épingle du jeu. Emily Blunt et Anna Kendrick y parviennent, même si tout n’est pas parfait. Chris Pine aussi, dans une savoureuse composition de prince ringard. Pas Johnny Depp, qui fait son numéro habituel, le minimum syndical, dans la peau du loup. Pas Meryl Streep, qui en fait des tonnes dans le rôle de la sorcière. Et quand elle chante, Mamma mia, que cela manque de justesse! Pas les deux jeunes acteurs, aux bouilles aussi craquantes que leurs voix sont horripilantes. La mise en scène de Rob Marshall, si inspirée dans Chicago, est ici beaucoup plus plate. Elle manque d’ampleur et d’imagination, se contentant de capter cette succession de tableaux chantés plutôt que de les enchanter. Nous aimons les comédies musicales réussies, mais hélas, celle-ci, qui ne flatte ni l’ouïe, ni la vue, n’en fait pas partie… Into the woods nous laisse donc un sentiment très partagé. Nous avons envie de défendre le film pour sa seconde partie, qui tranche (un peu) avec l’univers édulcoré des films Disney. Mais pour arriver jusque-là, il faut réussir à supporter les numéros qui précèdent, à commencer par son introduction horripilante… A vous de voir si vous voulez tenter l’expérience. _______________________________________________________________________________ Into the woods – Promenons-nous dans les bois Into the woods Réalisateur : Rob Marshall Avec : Emily Blunt, Meryl Streep, James Corden, Chris Pine, Anna Kendrick, Johnny Depp Origine : Etats-Unis Genre : Conte défait et comédie musicale stressante Durée : 2h04 date de sortie France : 28/01/2015 Note : ●●●●○○ Contrepoint critique : Télérama _______________________________________________________________________________

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    Florence Foster Jenkins, milliardaire américaine née à la fin du XIXème siècle, était passionnée d’art lyrique et avait la particularité de chanter plus faux qu’une casserole. Comme beaucoup d’autres personnes en ce bas monde, certes. Sauf que d’ordinaire, ces dernières ont conscience des sons cacophoniques qu’elles produisent et s’abstiennent de pousser la chansonnette en public. Or, durant toute sa vie, Florence Foster Jenkins a donné de nombreux récitals tout en étant persuadée d’avoir une voix digne des plus grandes soprano. Son public était composé d’hypocrites n’osant pas lui dire combien ses vocalises étaient insupportables ou de moqueurs riant à ses dépens. Certains prétendent que Hergé s’est inspiré d’elle pour créer  le personnage de Bianca Castafiore dans “Les Aventures de Tintin”, mais cela n’a jamais été prouvé.  En tout cas, c’est bien son histoire qui a servi de base à Xavier Giannoli pour le scénario de Marguerite et la création du personnage éponyme, joué avec enthousiasme par Catherine Frot. Il raconte l’histoire de Marguerite Dumont (hommage à la Marguerite du “Faust” de Gounod ou à l’inénarrable Margaret Dumont, victime préférée des Marx Brothers ?), une riche baronne qui, dans le Paris des Années Folles,  utilise sa fortune pour donner des concerts caritatifs en faveur des victimes de la Grande Guerre. Elle sait se montrer généreuse envers les jeunes artistes qu’elle invite à chanter et les réceptions qu’elle organise sont très prisées par son cercle d’amis. Le problème, c’est qu’elle insiste pour chanter elle-même lors de ces concerts et qu’elle a une voix absolument épouvantable, du genre à briser les verres en cristal quand elle pousse dans les aigus. Ses vocalises sont insupportables, mais personne n’ose lui dire la vérité, par intérêt, par politesse ou par peur de lui faire du mal.  Son mari (André Marcon) ne supporte pas de la voir se ridiculiser ainsi en public, mais il joue le jeu. Tout va pour le mieux tant que le “talent” de Marguerite reste confiné dans leur salon de réception. Mais un jour, Lucien Beaumont (Sylvain Dieuaide), un jeune journaliste manipulateur, et son ami Kyril Von Priest (Aubert Fenoy), escroc anarchiste, l’incitent à se produire devant un vrai public… Il va être compliqué de l’en dissuader, et plus encore de la préserver du jugement des autres… Dans sa construction, le film évolue comme une comédie. Si les oreilles saignent, les zygomatiques travaillent à plein régime. On s’amuse de voir Marguerite massacrer le très guindé répertoire classique, à commencer par Mozart et sa “Flûte enchantée”. On se bidonne quand elle provoque malgré elle une émeute lors d’un spectacle anarchiste, où sa version très personnelle de “La Marseillaise” est prise pour une provocation. Et on rit de bon coeur en voyant l’improbable équipe chargée de lui donner des cours de chant et de la préparer à la scène, la vraie : un chevalier de la manchette italien, une femme à barbe, un pianiste sourdingue et un domestique Noir très zélé. Mais plus le film avance, plus il devient grave. Comme les autres personnages du film, on s’attache à Marguerite. On éprouve une profonde empathie pour cette femme qui s’est investie corps et âme dans le chant et la musique, surtout quand on réalise que c’est pour elle un moyen  de tromper la solitude et d’exister un peu aux yeux d’un mari qui la délaisse et de proches qui la méprisent. Elle ressemble, par bien des aspects, aux personnages des films précédents de Xavier Giannoli : au chanteur de bal de Quand j’étais chanteur, vivant son rêve de carrière musicale loin des feux des projecteurs, au petit escroc s’improvisant chef de chantier et accomplissant plus que des professionnels dans A l’origine. Des gens simples, sans grand talent, sans diplômes, sans succès, mais donnant tout ce qu’ils ont pour que leur rêve prenne vie et que l’on s’intéresse à eux. Marguerite chante faux mais elle s’investit complètement dans sa passion. Et finalement, dans cet univers petit-bourgeois où les hypocrites côtoient les escrocs, elle est la seule à être vraie et intègre. Mais cela, hélas, ne pèse pas bien lourd face aux railleries, aux moqueries, aux critiques acérées… On sort du film bouleversés par le destin du personnage, par la performance remarquable de Catherine Frot, toute en nuances et en subtilité, d’une justesse inversement proportionnelle à la justesse de la voix de Marguerite, par le profond humanisme qui se dégage de l’oeuvre. Bien que snobé à la dernière Mostra de Venise, où il est reparti bredouille de la compétition, Marguerite est un film passionnant qui mériterait un beau succès en salles. C’est tout le mal que l’on souhaite à Xavier Giannoli, Catherine Frot et toute leur sympathique équipe. ____________________________________________________________________________________________________ Marguerite Marguerite Réalisateur : Xavier Giannoli Avec : Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Théo Cholbi, Christa Théret, Sylvain Dieuaide, Aubert Fenoy Origine : France Genre : chanté faux mais joué juste Durée : 2h07 date de sortie France : 16/09/2015 Contrepoint critique : Critikat

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    Si le cinéma Hollywoodien est aujourd’hui synonyme de films formatés et sans imagination, cela n’a pas toujours été le cas. Pendant ce que l’on appelle “l’âge d’or” des grands studios américains, la période comprise entre les années 1930 et les années 1950, les créateurs rivalisaient d’audace et d’imagination, réussissant à transcender même les plus insipides […]

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    Pour son nouveau long-métrage, Lav Diaz a choisi de changer de genre, puisque Season of the Devil est un film musical. Plus précisément un “opéra rock”, comme le précise le dossier de presse. Mais ne vous attendez pas à une version philippine Tous en scène, un West side story dans les rues de Manille ou […]

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    Issue des quartiers populaires de São Paulo, Clara (Isabel Zuua) traverse toute la ville pour postuler à un job de nounou pour un enfant à naître. Là, elle réalise qu’une autre candidate, plus expérimentée et qualifiée qu’elle, l’a devancée et a déjà bien négocié les termes de son contrat. C’est donc sans trop d’espoir qu’elle […]

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    Aussi étonnant que cela puisse paraître, le rock’n roll a aussi existé en U.R.S.S., en pleine guerre froide! Pas seulement le rock anglais ou américain, dont les albums des groupes emblématiques étaient vendus sous le manteau au marché noir. On trouvait aussi des groupes locaux, officiellement estampillés “rock soviétique” et agréés par les autorités. Bon […]

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